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Guillaume Duval, rédacteur en chef du magazine Alternatives économiques, "Alternatives Économiques", face à la crise analyse les positions d'Angela Merkel et des allemands. Il fait ensuite des propositions au socialistes pour la sortie de crise. Entretien de Vincent Biloa.



Guillaume Duval : Sortie de crise du couple... par PSHauteSavoie

"Un des problèmes qu’il y a, mais qu’il y a aussi en France avec Sarkozy, c’est que l’on a changé de génération de dirigeants, en particulier les dirigeants qui sont à la manœuvre aujourd’hui ne sont pas des dirigeants qui ont connu personnellement la seconde guerre mondiale, ils n’ont pas la même perception, le même attachement au projet européen que ceux qui savaient à quoi pouvait mener la mésentente, la mauvaise gestion, en particulier, d’une crise économique, puisque la seconde guerre mondiale est malgré tout la conclusion de la mauvaise gestion de la crise de 1929 en Europe. Donc les dirigeants d’aujourd’hui, Angela Merkel en Allemagne comme Nicolas Sarkozy en France, n’ont plus l’attachement que pouvaient avoir Kohl ou Mitterrand, ou même Giscard d’Estain ou De Gaulle".

Verbatim par Xavier DUMONT  :

Vincent Biloa : Bonjour, je suis donc, pour la 2ème journée de l’université d’été de La Rochelle avec Guillaume Duval, alors étudiant et lycéen j’étais abonné à Alternatives économiques que je continue encore à lire, bonjour Guillaume.Guillaume Duval : Bonjour et merci de votre accueil si chaleureux.

VB : Voilà, déjà sur le sujet, sur les positions d’Angela Merkel, qu’est-ce que vous
en pensez ?

GD : Le problème de l’Allemagne et de son attitude, du gouvernement allemand mais aussi de l’opinion publique allemande, ce n’est pas simplement Angela Merkel, elle est très fortement poussée par son opinion publique, le problème c’est que c’est tragique, c’est à dire que ils ont une attitude qui contribue plutôt a aggraver la crise, mais en même temps compte tenue de l’histoire récente de l’Allemagne c’est une attitude qui est très compréhensible, ce qu’il faut savoir c’est que l’Allemagne s’est imposée depuis le début des années 2000 une politique d’austérité d’une ampleur dont on a très peu idée en dehors du pays, c’était à l’époque un gouvernement socialiste d’ailleurs qui a mené cette politique d’austérité extrêmement dure, avec des atteintes très fortes a l’état social à l’assurance chômage etc...
Donc cette politique d’austérité a eu comme résultat d’abaisser sensiblement la consommation intérieure allemande, mais aussi de rétablir un peu, enfin d’améliorer nettement la compétitivité coût de l’Allemagne, ce qui fait que l’Allemagne exporte plus aujourd’hui etc... et s’en est mieux sortie que les autres sur ce plan là, depuis les toutes dernières années après la crise, ses exportations et sa production industrielle ont rebondie fortement etc...
Donc, les allemands ont cette expérience là, de s’être serré la ceinture très fort pendant une dizaine d’années, et aujourd’hui comme ils sont relativement stables, leur état est considéré comme fiable, c’est eux qui peuvent emprunter le moins cher en Europe, et ont leur demande aujourd’hui d’aider les autres pays, et l’opinion publique allemande ne comprend pas et ne peut pas comprendre, c’est très difficile, que l’Allemagne aide les autres pays, en leur accordant des prêts, si les habitants des autres pays ne subissent pas le même type d’austérité que eux même ont subi pendant ces 10 d’années.
Mais le drame c’est que, cette austérité très forte qu’a subi l’Allemagne n’a pas eu de conséquences plus graves pour les allemands eux même, et pour l’Europe, uniquement pour une seule raison, c’est que pendant que les allemands se serraient la ceinture, les espagnols, les irlandais, les grecs, selon des modalités différentes, eux consommaient beaucoup, s’endettaient ce qui a compensé au niveau de l’Europe et ce qui a permis notamment aux allemands d’exporter vers ces pays là, ce qui fait que globalement, je ne crois pas du tout que l’Allemagne soit mieux aujourd’hui après cette cure d’austérité, on pourrait y revenir mais c’est un autre débat, ce qui fait que cela n’a pas eu de conséquences dramatiques pour l’ensemble l’Europe.
Le problème c’est que, si on fait ce que les allemands veulent, ce que l’opinion publique veut et ce que le gouvernement allemand veut, c’est-à-dire si tout le monde se met à mener la même politique que les allemands depuis le début des années 2000, là c’est sûr que l’Europe va s’enfoncer dans la récession, et parce qu’elle va s’enfoncer dans la récession elle ne va pas réussir à réduire l’endettement de ses différents états, ça va se passer partout comme ça se passe déjà aujourd’hui en Grèce, c’est-à-dire que le récession est si profonde que les états n’atteignent pas les objectifs de désendettement qui sont fixés, et l’euro va exploser, la crise sociale et politique va s’aggraver etc..etc.
Donc, on est dans cette situation un peu d’une tragédie grecque, c’est-à-dire les allemands ont une attitude rationnelle, enfin compréhensible en fonction de leur expérience à eux, mais qui est dramatique pour l’ensemble de l’Europe.

VB : Est-ce que l’Allemagne doit sortir de l'Euro ?

GD : Je crois que le mieux serait que personne ne sorte de l’euro, si l’Allemagne devait sortir de l’euro, ce qui se passerait dans l’immédiat c’est qu’elle aurait probablement une monnaie qui s’évaluerait par rapport au reste l’euro, ce qui serait immédiatement très négatif pour l’industrie et les exportations et l’industrie allemande en particulier, je pense ce qui ajoute au tragique de ce que je vous expliquait tout à heure, c’est que les premières victimes, si cela se passe mal pour l’euro, seront avant tout les allemands. Par ailleurs pour le moyen terme, ce qu’il faut savoir c’est que les allemands ne sont pas si bien partis que cela, ils sont même très mal partis.

VB : Et pourquoi ?

GD : Notamment pour des raisons démographiques, c’est un pays qui perd déjà des habitant, ou le vieillissement démographique est beaucoup plus accentué (0,7 enfant par femme) que chez nous. Ce qui veut dire que dans 10-15 ans ils vont avoir des dépenses sociales beaucoup plus importantes que les autres. Il y a beaucoup de raison de penser que, ils seront à moyen terme plus mal partis que d’autres et qu’ils auront à ce moment là besoin d’un espace de solidarité. C’est une des raisons pour lesquelles je pense pas qu’ils auraient eux intérêt à sortir de l’euro.
Un des problèmes qu’il y a, mais qu’il y a aussi en France avec Sarkozy, c’est que l’on a changé de génération de dirigeants, en particulier les dirigeants qui sont à la manœuvre aujourd’hui ne sont pas des dirigeants qui ont connu personnellement la seconde guerre mondiale, ils n’ont pas la même perception, le même attachement au projet européen que ceux qui savaient à quoi pouvait mener la mésentente, la mauvaise gestion, en particulier, d’une crise économique, puisque la seconde guerre mondiale est malgré tout la conclusion de la mauvaise gestion de la crise de 1929 en Europe. Donc les dirigeants d’aujourd’hui, Angela Merckel en Allemagne comme Nicolas Sarkozy en France, n’ont plus l’attachement que pouvaient avoir Kohl ou Mitterrand, ou même Giscard d’Estain ou De Gaulle.

VB : Alors cela veut dire concrètement austérité cercle vicieux et relance et cercle vertueux ?

GD : Le problème c’est que dans une union monétaire il est légitime, surtout en plus lorsque l’on aide les pays, il est légitime d’avoir de la rigueur, de la discipline, des règles relativement strictes sur ce que chaque pays a le droit de faire et de ne pas faire en terme budgétaire, on ne peut demander aux gens d’aider, de soutenir des gens qui se comportent de manière, qui vont ce qu’ils veulent.
Le problème c’est que ça c’est pas illégitime, simplement si l’on va vers un durcissement des règles qui s’appliquent aux états nationaux, il faut qu’il ait un autre niveau ou l’on puisse avoir des mesures que les économistes disent «contra cyclique», c’est-à-dire pour agir face un ralentissement économique d’ampleur, on pourrait faire accepter aux allemands, à l’opinion publique allemande, au gouvernement allemand, un vaste plan de conversion écologique de l’économique européenne qui pourrait être financé par l’emprunt.
Le paradoxe c’est qu’au niveau de l’ensemble de l’Europe, considérée comme un ensemble, la dette publique est beaucoup moins importante qu’aux Etats-Unis par exemple, l’idée de s’endetter aujourd’hui de 2 ou 3% du PIB européen pour financer un grand plan de conversion écologique ne nous mettrait pas dans une situation dangereuse sur le plan de la dette publique et ferait du sens en termes d’investissements, je crois que cela pourrait aussi avoir des effets très positifs en terme de redistribution, cela serait je crois politiquement acceptable pour l’opinion publique et le gouvernement allemand, c’est à peu près le seul type de sujet sur lequel ils seraient près à accepter ce genre de chose, d’autant je pense, qu’ils considéraient aussi à juste titre aujourd’hui, que leur industrie serait la mieux placée pour profiter de ce type d’investissement, dans la mesure ou c’est eux qui produisent aujourd’hui beaucoup des investissements dans les énergies renouvelables les choses comme cela, enfin des machines qui servent dans ces trucs là.

VB : D’accord, en fait le sujet de l’Allemagne revient souvent, d’un ministère franco-allemand des finances. Est-ce que cela serait un gadget ou quelque qui pourrait vraiment apporter une dynamique ?

GD : Je pense que c’est un peu difficile à envisager aujourd’hui, moi ce que j’essaie de vendre aux socialistes, jusque là sans trop de succès, c’est de dire, par rapport a toutes les propositions que peut faire Nicolas Sarkozy, en particulier en terme de rapprochement franco-allemand, ce qui faudrait faire, ce qu’il faudrait dire, c’est qu’il faut que l’on adopte en France et en Allemagne, plus exactement il faut que l’on adopte en France, la même gouvernance des entreprises qu’en Allemagne, c’est-à-dire que l’on donne aux comités d’entreprises français les mêmes pouvoirs, qui sont très importants qu’ont les Betriebsräte en Allemagne, et que l’on fasse comme les allemands, c’est-à-dire que l’on ait dans les conseils d’administration des grandes entreprises, la moitie des membres des conseils d’administration qui soient des représentants des salariés en tant que tel. Je pense qu’effectivement qu’il y a des choses à faire en terme de rapprochement franco-allemand, c’est plus sur ce terrain là que je le vois que sur le terrain du ministère des finances aujourd’hui, dans l’état des politiques des uns et des autres.

VB : D’accord, très bien, merci Guillaume et puis, à très bientôt je l’espère.

GD : Merci beaucoup et bonne continuation, à la fois pour cette université et pour le reste de vos actions dans la fédération.


 

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