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L'histoire du Parti Socialiste
Le congrès des 2 Savoies
CENTENAIRE DU PARTI SOCIALISTE
Le journal LE PEUPLE de Genève, organe du Parti Socialiste et des Organisations ouvrières, daté du mardi 27 juin 1905, relate ainsi le Congrès du 25 juin.

LE CONGRES DES DEUX SAVOIE

Le Congrès de constitution de la Fédération Socialiste des deux Savoie adhérente au Parti Socialiste Unifié de France s’est tenu dimanche à Annecy, dans la salle des syndicats, rue Filaterie.
De nombreux groupes étaient représentés : Aix-les-Bains, Annecy, Annecy, Annemasse, Albertville, Chambéry, Chamonix, Cranves-Sales, Genève, La Roche/Foron, Paris, les deux Seyssel.
Séance du matin
La séance est ouverte à 9 h précises du matin par le citoyen Brun qui est élu président.
Rapports
Après l’appel des délégués et quelques mots adressés par le citoyen Brun aux représentants des organisations participantes ou invitées, le citoyen E. Milhaud, secrétaire fédéral, présente un rapport très complet sur l’activité de la fédération et donne lecture de la déclaration du Congrès de Paris servant de base au parti unifié. Ce rapport constate que la déclaration d’unité a eu pour effet la constitution, en nombre fort réjouissant, de nouveaux groupes qui sont venus renforcer l’ancienne fédération. Il termine par un appel à l’union, mais non à l’uniformité : la libre discussion, dit-il, est de principe socialiste et nous ne demandons à personne d’adhérer à un dogme quelconque. Seule une discipline volontairement consentie dans l’action nous est imposée par les faits.
Ce rapport est adopté, et au nom du Congrès unanime, le citoyen Brun remercie le dévoué secrétaire fédéral.
Lecture est donnée ensuite du rapport de Périllat délégué au Conseil national. Il engage la fédération à adhérer sans réserves à l’Unité, en laquelle il place ses plus chaleureuses espérances.
Ce rapport est adopté avec vives félicitations, et une adresse de remerciement est aussitôt envoyée à son auteur, qui depuis plus de quatre ans représente la fédération au Conseil National.  
Discussion des statuts
On passe à la discussion des articles constitutifs et statutaires de la Fédération. A l’article 2 le citoyen Belly, délégué de Seyssel, fait des réserves au sujet de la « tactique » : il désirerait celle-ci libre pour chaque groupe, et non pas étroitement déterminée par le Parti. Caillard estime que la discipline est indispensable et que les groupes peuvent sans déchoir s’en rapporter à l’appréciation du Parti en matière tactique.
Milhaud fait observer que l’article tel qu’il est proposé n’est en fait que la reproduction – et la reproduction nécessaire – d’une disposition statutaire du Parti. L’adhésion à l’Unité entraîne acceptation des principes généraux et tactiques qu’elle pourra adopter. La constitution du Parti a pris pour base fondamentale le principe de la lutte des classes : il doit faire règle en tout et partout, mais cette règle n’est pas si étroite qu’elle ne laisse les groupes libres d’interpréter pratiquement l’application de son principe, du moins chaque fois qu’il s’agira de leur conduite propre et non de celle du Parti dans son ensemble. Le groupe compétent dans les affaires du groupe, la Fédération maîtresse dans les affaires de la Fédération, et le Parti souverain dans les affaires du Parti, telle est la formule d’application de l’article proposé.
Lavanchy montre que le règlement projeté laisse les groupes libres de procéder comme ils l’entendent pour eux-mêmes, mais la Fédération de Savoie est forcée, sous peine de sortir de l’Unité, d’adopter la tactique générale du Parti.
Belly déclare qu’en vertu du mandat impératif qu’il a accepté de son groupe il doit maintenir son amendement.
Le vote a lieu par mandats : la rédaction proposée est adoptée à la majorité et laproposition Belly écartée.
A l’article 3 une adjonction est proposée par Desmur : les salariés membres de la Fédération devront être affiliés au syndicat de leur profession.
Cette adjonction est adoptée à l’unanimité.
Les dispositions suivantes ne donnent lieu qu’à des observations de détail.
L’article 6 institue le référendum à l’intérieur de la Fédération, les groupes fonctionnant comme lieux de vote et chaque suffrage étant compté individuellement. Il est voté après uen brève discussion. Les statuts ainsi adoptés la Fédération des Deux Savoie est donc adhérente au Parti Socialiste, section française de l’Internationale Ouvrière.
Snell (Genève) prend alors la parole et dans un bref discours se fait l’interprète des félicitations et des vœux des socialistes genevois.
Nous nous réjouissons, a-t-il dit en Suisse, de l’Unité française parce que nous savons qu’elle va ouvrir en faveur des idées  dont nous sommes les serviteurs volontaires et conscients, une ère de travail utile et, par conséquent, de résultats. Les efforts qui se dispersaient, les talents qui se dispensaient en conflits internes, et se neutralisaient en quelque sorte les uns les autres, se réuniront désormais dans la culture féconde de l’idée révolutionnaire.
Nous n’ignorons pas à la vérité que quelques défections se sont produites : mais qui donc prétendrait qu’elles n’étaient pas prévues et que certaines d’entre elles ne sont pas heureuses ?
Le socialisme, citoyens, ne peut pas, et ne doit pas, dans une démocratie surtout, admettre d’équivoque sur ses principes fondamentaux. Et je dis que ceux-là qui récemment, dans une déclaration parlementaire, introduisaient des restrictions, dissimulées et comme honteuses, au principe collectiviste, que ceux-là n’ont rien à faire dans le socialisme, et que loin de lui être utiles même indirectement ils lui nuisent bien plutôt en trompant les intéressés sur ses véritables tendances, sur son véritable but, et sur ses moyens !
L’Eclaireur
L’ordre du jour appelle ensuite la lecture du rapport du citoyen Nicod sur la marche de notre confrère l’Eclaireur Savoyard dont il est le rédacteur. Ce rapport constate que les multiples attaques dont le journal a été l’objet, notamment par voie judiciaire, n’ont pas pu triompher de sa vitalité. Mais sa situation financière exige néanmoins que de sérieux efforts soient faits pour sa diffusion.
Un vœu au Conseil national relatif à la perception des cotisations est ensuite adopté sur la proposition du secrétaire fédéral.
Pour la paix
Puis, l’ordre du jour suivant est voté par acclamations :
Les travailleurs socialistes de Savoie réunis en leur Congrès d’unification,
En présence des manœuvres des partis coloniaux de France et d’Allemagne, organes des coteries capitalistes affamées de profits,
En présence des périls que ces manœuvres font courir à la bonne entente des deux pays et la paix du monde,
Déclarent une fois de plus que le régime capitaliste, principe d’antagonismes d’intérêts de tout ordre, est incompatible avec l’harmonie entre les nations et avec le maintien assuré de la paix,
Affirment une fois de plus que seul le socialisme, en détruisant ces antagonismes jusqu’à leur racine, établira sur des bases d’une solidité inébranlable la paix des peuples ;
Affirment une fois de plus que les seules garanties de la paix existant dans la société actuelle se trouvent dans le prolétariat socialiste international, en lutte pour son émancipation et pour l’émancipation tout entière ;
Et à l’heure où les diplomaties de France et d’Allemagne poursuivent dans l’ombre des fins que les peuples de ces deux pays ignorent ; ils adressent aux socialistes allemands leur salut le plus chaleureusement fraternel,
Affirment qu’ils sont ardemment unis avec eux pour assurer de tous leurs efforts et par tous les moyens le maintien de la paix,
Et invitent l’organisme central du Parti Socialiste en France à se concerter dans le plus bref délai  possible avec l’organisme central du Parti Socialiste en Allemagne pour mettre en échec par l’action simultanée du prolétariat des deux pays, les tentations belliqueuses qui nous menacent d’effroyables collisions.
Après l’adoption de ce vœu la séance est suspendue à 11 h et demie.

La séance de l’après-midi  
Elle est ouverte à 2h et quart.
Snell est appelé à la présidence.
Sur proposition d’un délégué l’ordre du jour est interverti et on passe à la désignation du siège du Comité fédéral.
Après une brève discussion le Comité fédéral pour 1905 est maintenu à Genève (Groupe français d’études sociales).
Caillard (GFES) remercie au nom de son groupe de la confiance qui lui est accordée et annonce que, tenant compte du désir exprimé par le congrès, ce groupe ne manquera pas de confirmer le secrétaire fédéral Edgar Milhaud , dans sa fonction qu’il remplit avec tant de zèle.  
Lavanchy est désigné ensuite à l’unanimité en qualité de délégué au Conseil national et le nom de Perrillat est acclamé pour la suppléance.
Puis, Lavanchy rapporte au nom du Groupe de Genève sur la propagande en Savoie. Il conclut en proposant diverses mesures qui sont adoptées.
La question agraire
J.P. Carle présente un rapport très complet et des plus intéressant sur le socialisme agraire et comportant un programme général d’action législative. Ce rapport, très littéraire dans sa forme, émane d’un homme qui, on le sent, a vécu ce dont il parle et qui connaît vraiment le prolétariat des campagnes et ses besoins.
Morel, d’Annemasse, propose un certain nombre de mesures pratiques ayant trait à l’organisation du prolétariat agraire dans lequel il comprend les petits possédants. Bernard, de Cranves-Sales, présente encore un rapport sur le même sujet. Il préconise l’étude pratique de l’institution du « bien de famille », et le développement logique et raisonné du crédit agricole et des warrants. Ce travail, inspiré de l’esprit socialiste le plus vrai, est vivement applaudi.
Milhaud lit ensuite un projet de programme agraire très documenté et des plus intéressant.
Lavanchy propose la publication de ces rapports.
Snell demande la permission d’appuyer cette proposition. « La question agraire, dit-il, a été et est encore l’obstacle matériel qui s’oppose aux progrès plus grands et plus rapides du socialisme. Il importe donc d’aborder courageusement le problème, et il ne saurait trop féliciter les citoyens Carle, More, Bernard et Milhaud de leurs remarquables rapports qui seront une révélation pour beaucoup comme ils l’ont été pour lui. Une édition de ces rapports ne peut être qu’une œuvre utile qui profitera non seulement aux deux départements de Savoie, mais au pays tout entier et au socialisme international. Il est indispensable de montrer aux petits paysans que le socialisme ne les néglige pas, et qu’il n’est pas le grotesque système de partage qu’ont inventé ses adversaires qui, impuissants à le combattre dans ce qu’il est, tentent de le combattre dans ce qu’il n’est pas».
Il est décidé à l’unanimité que ces quatre documents seront publiés in-extenso dans l’Eclaireur et éventuellement réunis en brochure pour servir de base aux délibérations d’un prochain congrès spécial sur la question.
Revendications ouvrières
Brun lit un rapport sur la question au nom du groupe annécien. Ce rapport, très intéressant et très complet, insiste sur le complément indispensable que sont l’une à l’autre l’action politique et l’action syndicale.
Caillard, au nom du groupe de Genève, rapporte sur la même question.
Cattin, secrétaire de la Fédération des Syndicats d’Aix-les-Bains, rapporte sur la journée de huit heures et les mesures  que comporte la décision de la Confédération générale du Travail.
Desmur donne encore lecture d’un rapport émanant du groupe de Paris.
Costa, pour le Groupe de Chambéry, donne communication d’un rapport sur la question, et sur la marche du groupe auquel il appartient.
Carletti, délégué d’Argentières, prononce alors, en italien, un vibrant discours dans lequel il insiste sur la nécessité de l’action pratique et de l’action internationale : les mesures proposées et les votes du congrès ne sont rien, dit-il, s’ils ne sont suivis d’exécution. « Il faut une propagande incessante pour conjurer le péril que fait courir aux syndicats en lutte la concurrence des non syndiqués, ignorants ou affamés. L’action directe ouvrière, qui ne s’exprime pas nécessairement en violence, est indispensable pour compléter les autres actions.  La majeure partie des ouvriers italiens en France provient des provinces les plus arriérées de l’Italie : il faut les éduquer, les soustraire à la domination cléricale : il y a là un devoir international que sauront comprendre les camarades français».
La clôture
Brun conclut en rendant hommage à l’esprit de suite et d’attention dont ont fait preuve les délégués. Il les remercie de leurs efforts et de leur patience. Il termine par un appel pour le monument des ouvriers de Cluses tombés sous les balles patronales le 18 juillet dernier.
La séance est levée vers 6 heures du soir au chant de l’Internationale, entonné par tous les congressistes.
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Quelques compléments sur certains camarades cités
Belly François est employé de commerce, président du Groupe d’action socialiste et membre du Groupe français d’études sociales. En 1902, il est membre du Comité de propagande 74. En 1901, il est candidat socialiste au conseil d’arrondissement du canton de Reignier en 1901 (257 v.)
Brun Gaston est comptable, trésorier puis secrétaire de la Bourse du Travail d’Annecy. Candidat socialiste à Annecy aux socialistes de 1910. Il fait campagne pour l’assurance sociale, les syndicats de fonctionnaires et le scrutin de liste (433 v.).
Caillard Jean est un ouvrier tailleur à Genève, candidat socialiste à Annecy aux législatives de 1906  (322 v). Le 4 février 1906, lors de l’inauguration de la première Bourse du Travail à Annecy, au Palais de l’Ile, il tient une conférence sur les revendications ouvrières et le rôle des travailleurs dans les élections, au nom du syndicat des travailleurs de l’habillement de Genève.
Lavanchy est aussi membre du Groupe français d’études sociales de Genève et du groupe de propagande 74.
Milhaud Edgar est professeur d’économie politique à l’Université de Genève. Il anime le Groupe français d’études sociales de Genève, assure le secrétariat de la Fédération autonome des Travailleurs des deux Savoie, ancêtre de la Fédération socialiste, depuis plusieurs années. Il est délégué pour la Suisse du Comité international antimilitariste. En 1920, il sera un des six porteurs de mandat de la fédération socialiste 74 (sur 24) opposé à l’adhésion à la III è internationale.
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