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Dossiers de Société
Nous sommes tous concernés
L'autoroute A41
Pour bien comprendre l’imbroglio de l’A 41, il faut savoir que jusqu’à la fin des années 80, les nouvelles autorou­tes, ou portions d’autoroute, étaient financées par le système dit de l’adossement. La construction et l’exploi­tation de ces nouvelles autoroutes étaient confiées aux anciennes sociétés autoroutières, moyennant une prolongation des concessions d’exploitation des autorou­tes plus anciennes, amorties et rentables.

LES RESPONSABILITES DANS L’ARRET DES TRAVAUX

En 1995, quelques semaines avant de quitter le Gouvernement, B. BOSSON, Ministre de l’Equipement, attribue la concession de l’A 41 à l’ATMB. Ce faisant, il se met en contradiction avec la directive européenne de 1989, modifiée en 1993, acceptée par le gouvernement français, qui interdit le système de l’adossement au motif qu’il constitue une entrave à la concurrence. De plus, pour être valable, une telle concession doit passer par un décret en Conseil d’Etat, ce que le Ministre s’est bien gardé de faire, sachant que le Conseil ne pourrait que constater l’illégalité de l’attribution, au regard du droit communautaire.

Le Ministre suivant, Bernard PONS, hérite ainsi d’une dizaine de dossiers d’autoroutes attribués en contradic­tion avec le droit communautaire. Il entame des discus­sions avec le Commissaire européen en charge des transports pour obtenir des dérogations. Il en obtient un certain nombre mais pas pour l’A41. Pourquoi ? Il faut se reporter au contexte de l’époque. C’est P. MAZEAUD, député RPR du Chablais qui est intervenu contre l’A41 auprès de son ami PONS car il veut ‘protéger’ le projet d’A400 pour le désenclavement du Chablais. Il craint que l’Europe n’accorde pas deux dérogations dans le même département. Il craint aussi des insuffisances de financement.  C’est ainsi que la dérogation pour l’A41 n’est pas demandée.

Le directeur du Cabinet du Ministre autorise le début des travaux par une simple lettre à l’ATMB en 1997, quelques jours avant les élections législatives. Le décret en Conseil d’Etat n’est toujours pas pris. Nous sommes en pleine illégalité mais les travaux sont lancés !

En mai 1998, le Président de l’ATMB, Rémy CHARDON écrit au Ministre J. Cl. GAYSSOT, pour obtenir l’officiali­sation de la concession. Le Ministre ouvre le dossier, se rend compte des irrégularités commises et arrête le chantier. En septembre 1998, il dépose le dossier devant le Conseil d’Etat. En septembre 1999, le verdict tombe : la concession est annulée. Il faut tout reprendre à zéro.

La pertinence du projet
Officiellement, ce projet répond à deux besoins :
  la desserte de Cointrin depuis Annecy, nécessaire à nos chefs d’entreprise. L’absence d’A41 n’a pas l’air de pénaliser l’économie haut-savoyarde. Probablement parce que les chefs d’entreprise se rendent déjà à Genève par autoroute. Avec l’A 41, ils gagneront 10 minutes. Compte tenu des délais d’embarquement dans les aéroports, ce n’est pas décisif.
  les déplacements quotidiens des frontaliers. L’autoroute est-elle la bonne solution pour résorber les embouteillages dus au trafic pendulaire (domicile-travail) des frontaliers ? On peut en douter. Regardons ce qui se passe dans la vallée de l’Arve ou autour d’Annecy sur l’autoroute de contournement. Malgré l’abonnement à demi-tarif, peu d’automobilistes la prennent et les embou­teillages demeurent, au point qu’une déviation routière est prévue à Pringy. Quand il faut payer personnellement l’autoroute matin et soir cela revient cher et petit à petit, les usagers y renoncent. Tout conduit à penser qu’après l’autoroute, il faudra réaliser le contournement routier de Cruseilles, que le Conseil Général a toujours refusé. D’autant plus qu’on nous annonce que les promo­teurs ne demandent pas de subvention publique. Comme les constructeurs-exploitants (Bouygues et Area) ne sont pas des philanthropes, le péage sera élevé et dissuasif pour les trajets bi-quotidiens.
  
Les conséquences pour les Annéciens
  une fois de plus le ‘tout voiture’ l’emporte avec ses conséquences néfastes : pollution de l’air et mitage du territoire. Au moment où la ville tente de limiter l’accès des voitures en ville, ce n’est pas très cohérent,
  les principaux bénéficiaires seront les Genevois, qui vont ainsi « accroître la vocation résidentielle d’Annecy » comme le déclare joliment le directeur des services du département à un quotidien suisse. En clair, il faut s’atten­dre à une nouvelle et forte hausse du foncier et du logement dans toute l’agglomération annécienne. Hausse du coût de la vie, difficultés supplémentaires pour le logement des ménages, comme si les difficultés actuelles ne suffisaient pas,
  cette hausse du coût du logement et du coût de la vie va pénaliser un peu plus nos entreprises et administrations, qui ont du mal à embaucher, les salai­res ne suivant pas la hausse du logement. Combien de salariés et de fonctionnaires repartent au bout de quelques mois, ne pouvant faire face à leurs charges ? Le phénomène ne peut que s’accentuer.

Au bout du compte, cette portion d’autoroute risque de ne pas résoudre le problème des frontaliers tout en aggra­vant les difficultés de logement des Annéciens.

QUESTIONS EN SUSPENS
Ne s’agit-il pas d’une nouvelle opération de la Chiraquie ? La concession est attribuée à Bouygues-AREA. AREA fait partie du groupe ‘Autoroutes Paris-Rhin-Rhône’ dont le patron est … Rémy Chardon, qui avait déjà obtenu en toute illégalité la concession en 1995, il était alors le patron de l’ATMB. C’est un proche de Chirac, il a été son chef de cabinet à la Mairie de Paris.
L’attributaire ne demanderait pas de subvention publique. Ce serait une première. En contrepartie la concession n’est pas de 30 mais de 55 ans. D’après les experts, ce n’est pas suffisant pour rentabiliser l’investis­sement. Quelle contrepartie a été accordée ???
L’échangeur de Copponex sera-t-il réalisé ? Il était destiné à faciliter la rentabilité d’un grandiose projet de financiers suisses qui, avec la bénédiction du président du Conseil Général de l’époque (et maire de Cruseilles), voulaient implanter golf et immobilier de luxe à flanc de Salève. Il avait rencontré une forte opposition et finale­ment Accoyer et Carle avaient affirmé que l’échangeur ne serait pas réalisé. Qu’en est-il aujourd’hui ???

Affaire à suivre.
Jean EXCOFFIER
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