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Le developpement durable : lieu de conflits Nord / Sud oct. 2004
« Entretiens de la fédé » N°4
20 octobre 2004 – ANNECY
« Le développement durable : lieux de conflits Nord / Sud»
Par Bekir ACAR

Bekir ACAR jeune étudiant, sympathisant de la section de Thonon, s’est penché sur la question du développement durable et les enjeux géopolitiques qu’il porte. Il va faire une lecture commentée du document qu’il a élaboré . La conclusion en est que le sud s’appauvrit de plus en plus, notamment en terme de mortalité infantile et de malnutrition. La surexploitation des ressources naturelles s’entraîne en boucle fermée et la recherche de développement durable, préoccupation légitime du Nord ne peut permettre au Sud le développement qui lui est nécessaire. Dès lors, c’est à un changement de comportement consumériste qu’il faut s’atteler si nous voulons que cette orientation soit équitable dans l’espace en même temps que durable dans le temps.

S’engage ensuite un débat fourni, à la hauteur des interrogations et éléments d’information de chacun des participants et notamment de Sébastien MONTESSUIT, secrétaire fédéral au développement durable.


Le droit à polluer : modalité inégalitaire en même temps que course en avant
Le vrai problème est qu’on impose aux pays du Sud des mesures qui n’auraient pas permis, en leur temps, au Nord de se développer. Les pays du Sud ont-ils seulement la possibilité de respecter l’environnement ? La question entraîne vers celle des brevets : un certain nombre de progrès peuvent être importés/exportés sans difficulté, permettant au Sud d’accéder directement aux technologies du jour, sans refaire les étapes, coûteuses pour l’environnement, par lesquelles les industries du Nord sont passées. L’exemple récent de la « Logane » révèle que le souci écologique peut devenir rentable. Les pays du nord devraient à tout le moins commencer par l’exemplarité mais celle-ci reste insuffisante : un statu quo ne peut réduire l’écart acquis des développements respectifs.
Non seulement le droit à polluer est inégalitaire, mais de plus est-il une solution ? Il nécessiterait d’être envisagé pour le moins couplé avec la notion d’effet de seuil (niveau au delà duquel on ne pourra plus revenir en arrière en matière de pollution). C’est un rapport de force fait de fermeté politique qui peut permettre de poser comme intangible cet effet de seuil. Le militant écologiste doit convaincre le politique que l’injustice historique faite au Sud par le Nord na passe pas par sa réparation mais par le transfert des technologies au bénéfice du Sud. Là se trouve peut-être l’objet de l’aide au développement : aider le Sud à acquérir les technologies modernes lui permettant de se développer tout en lui évitant les étapes inutilement polluantes.


La décroissance, tentation mais pas solution
La critique de la course à la consommation peut mener à la tentation de la décroissance, si la notion de développement ne se conçoit que comme progression de la production, ce que d’aucuns peuvent considérer comme une fuite en avant. Il est vrai que la solidarité intergénérationnelle qui nous tient à cœur en constitue le point de non-retour. Pour autant, la décroissance ne peut être notre projet, ne serait-ce que parce qu’elle n’est réalisable que par les seuls régimes totalitaires. Dès lors, il importe de faire place à une réflexion politique qui intègrerait les notions d’ « éco-économie » et « éco-efficience ». Il faut aussi envisager une autre comptabilisation de la richesse d’un pays, prenant par exemple en compte les gestes solidaires, par définition gratuits, au lieu de (autre exemple) valoriser, parce que créateurs de réparations diverses et donc de production, les consommations addictives. En tant que politiques, si nous ne parvenons pas à proposer un autre comportement consumériste, nous risquons d’être rattrapés par la « pédagogie des catastrophes », celle des réalités, dont le plus « bel » exemple est l’accident de Tchernobyl.


La résistance opposée aux solutions alternatives
Les énergies renouvelables, et plus généralement toute avancée, se heurtent à la résistance de populations locales. Cela fait douter des convictions véritables non pas tant des militants écologiques que d’une partie de leur électorat, dont les valeurs sont à tout le moins passéistes sinon individualistes : une instrumentalisation et perversion des luttes en faveur de la préservation de la planète au profit non de l’environnement mais de leur environnement (ex : la mobilisation autour du tunnel du Mont Blanc).
Tout comportement qui se veut écologique se heurte à la complexité des choses, aux conséquences en chaîne. Il n’est, par exemple, pas certain que certains tris des déchets soient plus favorables à l’environnement que l’enfouissement ! La question renvoie donc à la bonne conscience par trop immédiate de certains comportements à visée éthique et nécessite de faire preuve de vigilance face à l’adhésion du système libéral à la question du développement durable.
La mobilisation individuelle, politique de la somme des petits actes propres individuels, se heurte aux contre-exemples monumentaux. Par exemple, dans la crise actuelle du prix du pétrole, les aides accordées aux seuls gros consommateurs que sont pêcheurs, agriculteurs et routiers a de quoi décourager les bonnes volontés.


Des propositions
- Imaginer de distribuer du pouvoir d’achat sous forme de « chèques durables », échangeabls contre des seuls produits labellisés. Ce « pouvoir d’achat propre » a pour avantage de permettre l’accès de tous à la consommation écologique, car on peut être sensibilisé et vouloir consommer propre mais se heurter aux réalités économiques d’une consommation de masse moins onéreuse.
- Etablir des labels d’éthique environnementale et sociale et éduquer le public à les utiliser de façon préférentielle voire exclusive
- Légiférer, car en matière de développement durable, comme ailleurs, la loi protège et l’absence de loi opprime.
- Réformer notre propre mode de consommation. Diminuer, par exemple, la consommation de protéines animales peut participer à éradiquer la faim dans le monde en même temps que favoriser une autre agriculture, un autre élevage.
- Le changement de consommation passe aussi par la remise en cause d’une société de l’éphémère, porteuse de surproduction, d’emballage et d’inflation des déchets. Comment fédérer les comportements protestataires qui se font jour quant au suremballage ?
- D’un point de vue éducatif, l’apprentissage du « mieux consommer » relève du libre-arbitre des enseignants, leur sensibilisation personnelle. Qui plus est, l’enseignement de l’économie n’est pas neutre mais prend pour modèle et référence le système libéral. Pourtant, si l’être humain est une formidable machine de résistance au changement, l’éducation, credo fondamental de la gauche, est une voie royale pour mobiliser les mentalités et inculquer des comportements différents. Cela ne passe pas forcément par l’inclusion d’une tranche horaire scolaire spécifique mais aussi par la transversalité permanente inter-et intradisciplinaire d’une éducation citoyenne.


Des références bibliographiques
- Revue « La décroissance »
- Ouvrages de Serge LATOUCHE
- Numéros de janvier 2004 et de septembre 2004 de la revue « Alternatives économiques »
- Cahier spécial « développement durable » du Monde du 10 novembre 2004
- « Et la décroissance sauvera le sud », Serge LATOUCHE, Le Monde Diplomatique de novembre 2004
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