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Pourquoi s'engager en politique ? juin 2004
« Entretiens de la fédé » N°1
8 juin 2004 – PASSY
« Pourquoi s’engager en politique ? Pourquoi le faire au Parti Socialiste ? » (Patrick ATLAN)

Patrick ATLAN présente le thème du jour qui constitue l’objet de ces 1ers « entretiens ». il s’agit de s’interroger sur les raisons de son engagement. Le faire aujourd’hui n’est pas anodin, quand nous traversent des doutes et des déchirements issus des régionales et européennes.
Pour lui, s’engager en politique, c’est se donner les moyens de peser sur les décisions, et cela appartient à chacun. Le faire au PS est lié à l’attachement à certaines valeurs : un projet personnel inscrit dans un projet collectif.

Ce premier témoignage va être suivi d’autres et d’échanges en forme de débat :


L’engagement : le fruit d’une histoire personnelle et d’un cheminement
A l’origine de l’engagement préside souvent un antécédent dans notre vie, qui nous marque de droite ou de gauche. Dès lors, la question est celle de la nature de l’engagement (association, syndicat, politique) et des intentions qui l’animent, plus ou moins chargées d’ambition : se télescopent les statuts d’adhérent/militant, le jeu des motions et les quêtes individuelles d’auras et de places.
Il y a ceux qui sont tombés dedans petits, issus d’une famille de gauche et politisée, qui a pu rendre évident l’engagement, ou au contraire en détourner quelques années. Et il y a ceux qui, nés dans une famille de droite, ont cheminé par eux-mêmes, à l’occasion de rencontres, avec les difficultés que comporte de choisir, un jour, l’action collective, ou celle de re-latéraliser les valeurs chrétiennes initialement rangées à droite : découvrir la générosité et le partage comme valeurs de gauche. Et il y a même parfois le grand écart entre un parent communiste et l’autre « grenouille de bénitier ». L’observation enfantine retient la richesse des débats mais aussi peut ressortir une conception figée de la politique : l’obligation d’être en accord avec la ligne, ce que ne peut accepter un esprit rebelle.

S’engager au PS
Le choix préférentiel vers le PS est pour certains lié à la personne de François MITTERRAND, qui a su mener la gauche à la victoire.
Mais il y a surtout le traumatisme du 21 Avril 2002 : c’est à ce moment que plusieurs, engagés dans les associations ou les syndicats, ont décidé de franchir le pas et d’adhérer au PS. Jour inoubliable de honte, de colère : jamais il ne nous arrivera désormais de ne pas voter ou de ne pas voter directement utile ! C’est devenu question de liberté C’est à ce moment aussi pour d’autres, plus proches jusque-là de l’extrême-gauche, qu’il s’est agi de vouloir comprendre cet échec du PS et infléchir ce dernier de l’intérieur.
Mais on peut aussi renverser la question : pourquoi ne s’engage-t-on pas ou le fait-on tardivement ? Qu’est-ce qui fait franchir le pas un jour ? Sans doute la conscience qu’une société tient par un équilibre subtil entre l’économique et le social, la conscience des limites de l’action associative : vient alors le désir en forme d’évidence de peser sur le cours des choses, d’aller là où « ça » se passe : la politique. Etre au pouvoir ne doit pas faire perdre de vue le but : profiter de cette situation pour faire avancer les idées.
Par ailleurs, Il est de bon ton, quand on est investi dans le monde syndical, de ne pas mélanger les genres, de s’en faire un honneur. Mais vient un jour le besoin de décider les actions, de les voir confisquées par quelques-uns. Car la nature profonde de l’Homme le pousse plus à cela qu’à la démocratie. C’est le fonctionnement démocratique qui amène à accepter que les autres aient des avis différents, pour peu que l’on ait 80% de valeurs communes.

Le PS : verrouillé ou lieu de débat ?
Quitte à s’engager, le faire au PS correspond au choix d’un lieu où le débat est malgré tout possible. En plus des valeurs qu’il porte, le PS est choisi par rejet du stalinisme, à condition toutefois qu’il reste bien à gauche et ne soit pas l’objet de tentations libérales de certains dirigeants.
On peut regretter l’omniprésence de fonctionnaires et de retraités, même si on peut en comprendre les raisons : dans le privé, l’engagement à gauche constitue un réel obstacle. Pendant la vie active, franchir le pas de la politisation active peut constituer une énorme difficulté d’ordre déontologique.

Mais plus encore, c’est sur la démocratie interne au PS qu’on est autorisé à s’interroger : que signifient des votes où n’est pas proposé de choix ? Quelle considération pour les militants cela recouvre-t-il ? Le moins qu’on puisse dire est que la démocratie est bien perfectible au PS ! 1995 a été une belle année au PS, un espace de débat avec une dynamique interne de construction du projet … quelque peu perdue depuis.
Cela dit, le PS est avant tout un parti de débat et ses pratiques, quand elles sont critiquables, sont vécues comme des blessures, même s’il faut les replacer dans un contexte général de la politique sans doute pire de ce point de vue.

Demeure que les déchirements internes, dans leur violence et leur stérilité, interrogent l’engagement : oui au débat, non à l’exclusion de l’autre. Sur l’idéologie, il est quand même possible de débattre sans s’exclure mutuellement. C’est l’organisation des investitures qui écarte le débat politique : l’enjeu en devient plus un partage inter-motions que la promotion de l’idéologie commune. Quand on est jeune dans le parti et encore pétri-e d’enthousiasme, quelle douche froide ! Le dialogue et la générosité font cruellement défaut, dans les moments de crise tels ceux de ces derniers mois.
De fait, la question que nous nous posons aujourd’hui, il serait bon que certains « éléphants » se la (re)posent de temps à autre. S’ils ne savent pas laisser la place, n’est-ce pas parce qu’ils ont quelque peu perdu leur idéologie, ne gardant comme perspective que le pouvoir ?
Pour autant, si certains s’accrochent au pouvoir, c’est que nous les laissons collectivement le faire ! A ce titre, nous qui nous en plaignons, nous ne sommes pas dans l’affaire exempts de responsabilité ! La démocratie, c’est organiser des débats, mettre en place des contre-pouvoirs, et chacun doit y prendre sa place, toute sa place.

Quelles sont-elles, ces valeurs de gauche qui nous sont communes ?
Il y a d’abord, le fait d’aimer les autres et les aider, aimer l’action collective, le partage et la fraternité. Il y a aussi l’envie d’offrir à ses enfants et petits enfants un monde meilleur. On entre au PS pour servir, changer la donne, et on le fait alors en se donnant corps et âme, et en suivant le précepte de François MITTERRAND : « faire de la politique, c’est écouter, écouter, écouter ».

Etre socialiste, c’est affirmer que le politique doit l’emporter sur l’économique. Si les électeurs ont déserté la politique, c’est peut-être parce qu’on n’y parlait plus assez d’idéologie, d’une conception plus solidaire du monde. La dépolitisation et la désyndicalisation, y compris dans les domaines professionnels liés au social, sont très inquiétantes : les jeunes générations engagées dans ces domaines exercent sans idéologie.
Et si on revenait, au PS à un discours plus idéologique ? Si au lieu de leur proposer un catalogue de promesses, on parlait aux électeurs des valeurs qu’ils portent (car ils sont beaucoup plus attachés aux valeurs qu’on ne croit), et qui sont les nôtres ?
Depuis le chute du mur de Berlin, nous sommes tous bluffés par le terme de mondialisation : quelle social-démocratie voulons-nous donc ? derrière un flou idéologique, faute de grille de lecture du monde, nous avons besoin de nous reconstruire un modèle idéologique commun. Le slogan des Européennes « Et maintenant, l’Europe sociale », n’est-il pas une première manifestation d’un retour commun à l’idéologie ?

Conclusion (Patrick ATLAN)

De l’utilité de ce débat ! N’existent pas de vérités, seulement des convictions. Quand des travers se font jour ou se perpétuent au sein d’une organisation, c’est que les acteurs y adhèrent ou les laissent faire. On est tous responsables de ce qui se passe, même si les responsabilités des uns et des autres ne sont pas les mêmes. On ne peut avancer que si on s’implique dans son destin. Cela s’appelle, au PS, croire en la force des militants.

Compte-rendu réalisé par Claire DONZEl,
Secrétaire fédérale à la formation
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