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Le corps dans la société patriarcale mars 2004
Commission fédérale « femmes »
Le corps dans la société patriarcale
Chantal démarre le débat sur une anecdote qui pose d'ores et déjà le problème. La fille adolescente d'une amie l'avait choquée dans un premier temps par sa tenue jugée provocante (T-shirt moulant sur forte poitrine). Cette jeune fille se plaignait d'autre part du regard insistant des hommes sur son anatomie. La première réaction de Chantal fut de regretter le contraste entre cette tenue et la pudeur de l'adolescente puis de s'interroger sur son propre regard: la jeune fille devait-elle se dissimuler pour circuler dans la rue ?
Marie-Claire concrétisa la pensée de beaucoup en disant qu'il ne fallait pas tenter le diable, qu'il fallait assumer ses tenues provocantes.
Claire D. fait le parallèle avec l'accusation que subissaient les femmes violées qui "l'auraient cherché". La société contraint les femmes à un rapport de séduction obligatoire avec le risque d'agression.
Aurélie craint qu'une attitude de défiance mène à une société à l'américaine où le simple regard d'un homme peut mener à un procès.
Claire D. se souvient d'avoir reproché à sa fille des tenues courtes et moulantes qui "annihilaient le combat des féministes depuis 20ans".
Aurélie réagit en disant que s'habiller sexy ne veut pas dire forcément risquer le viol. Cela dépend des milieux. Sa sœur qui habite Villejuif a plus de problèmes, sortir "en fille" dans la rue signifie s'exposer à des remarques graveleuses. Le plus simple est de se vêtir comme un sac !
Fatiha ajoute que la poitrine est le fantasme de tous les hommes. La mini- jupe ne posait pas de problème en 1968, elle en pose maintenant. (brouhaha général: même dans les années 70, il n'était pas facile de porter une mini- jupe).La publicité va dans ce sens et insiste sur les seins des mannequins. La beauté du corps dépend des modes.
Monique imaginait que la séduction était la soumission, la dépendance à l'homme. Cela peut mener à la négation du corps, à l'anorexie. L'essentiel est en fait de trouver sa propre séduction, de se plaire et de faire de son corps son meilleur ami. Si l'impératif vient de l'extérieur c'est destructeur.
Annie trouve que les femmes référentes sont en général filiformes, sans atours.
Fatiha précise qu'il y a une différence entre les mannequins et ce que souhaitent véritablement les hommes.
Annie nie le lien entre l'apparence et le viol. Les filles superbes sont rarement violées.
MC déplore que dans sa génération on n'apprenait pas aux filles à se plaire. Quand on se plaît, on plaît.
Virginie confirme que la séduction ne dépend du physique mais de l'état d'esprit dans lequel on est. On peut séduire autrement, par le regard par exemple. D'autre part, l'environnement joue beaucoup, l'école par exemple qui influe sur les petites filles indépendamment des parents.
Danielle dit que le corps est une boîte. Si il n'y a rien dedans, pas de rayonnement de la femme, le corps n'est rien. Notamment quand il vieillit. "Mon corps c'est autre chose, si je n'ai pas de lumière dedans."
Aurélie parle du rôle omniprésent des mères dans la construction du corps de leurs filles.
Fatiha apporte un regard différent. Le corps de la femme d'Afrique noire est une arme destinée à capturer un homme. Il faut montrer ses formes car la concurrence est rude (polygamie). Tous les moyens sont bons: hammam, crèmes, cosmétiques, accessoires… La femme vieillissante se projette sur ses filles.
Claire C. dit que certaines femmes aux corps disgracieux ou à la peau ridée sont belles dans leurs têtes.
Claire D. s'interroge sur le fait que les adolescentes doivent se cacher. C'est parce qu'elle naît aux regards des hommes. Elle a le "choix" entre être un objet sexuel (séduction) ou passer inaperçu (androgynie). Elle cite le livre de Ch. Olivier "Filles d’Eve" selon lequel l'absence du père dans la petite enfance de la fille pousse celle-ci à investir dans la séduction pour attirer l'amour. Ce qui entraîne la fuite des hommes. plus tard, elle transfère sur sa fille ce besoin narcissique non reconnu. La séduction est-elle un besoin ?
Monique pense qu'un corps a besoin d'être habité, c'est une façon de transcender le temps, le vieillissement. La vraie beauté c'est l'intelligence, l'amour de la vie.
Aurélie pense aussi que le père a sa part de responsabilité. Elle veut aussi évoquer la séduction des hommes. Et précise que les femmes n'ont pas de regard exclusivement sexuel sur les hommes. Elles n'ont pas cette pulsion destructrice.
Danielle dit que la séduction n'est pas uniquement tournée vers les hommes. Le regard des enfants est important pour une mère. Notamment, celui des filles voire des petites filles.
Claire C. évoque le regard de son fils, dénué de tout jugement physique.
MC se demande si le plaisir sexuel n'est pas au cœur de la question.
Le besoin de certains hommes de séduire des femmes plus jeunes est évoqué par certaines participantes.
Annie souligne que cela est aussi lié au mal-être de la femme en ménopause, reconnu depuis peu.
Simone recentre le débat sur le corps. Il faut tenir compte de son corps, le refaire en parallèle avec sa personnalité. La séduction est d'abord vis-à-vis de soi, pas vis-à-vis de l'extérieur. "Dans la mesure où je me trouve moi-même, je trouve quelqu'un, tout compte fait c'est pas si
mal."
Annie ne se préoccupe pas du vieillissement de l'enveloppe corporelle mais de la dégradation de sa fonctionnalité.
Simone renchérit et parle de portes qui se ferment. Elle évoque l'aide de la dans libre et des moments de grâce.
Cela rappelle à Fatiha la danse des femmes arabes. Annie évoque le sport.
Mais Simone pense à des moments plus exceptionnels: "le paradis ce doit être ça".
Un bref échange quant à la fonction de la commission a abouti à une question laissée, pour l'instant, sans réponse : Quel avenir pour la commission? Ne faut-il pas penser à d'autres modes de fonctionnement et d'actions plus politique ? Le questionnaire joint à ce compte-rendu est destiné à débattre prochainement collectivement de ces questions : merci de le retourner à la fédération.
Compte-rendu rédigé par Aurélie PECH et Chantal GAZEAU