Femme et engagement : comment concilier réflexion et action ? avril 2004
Compte-rendu de la commission « femmes »
29 Avril 2004 – ANNECY
« Femme et engagement : comment concilier réflexion et action ? »
Est évoquée en préambule la question des « sans-papiers » dans la mesure où l’une d’entre nous est très directement touchée par ce problème.
Puis Aurélie anime la soirée sur l’engagement politique dans sa liaison entre réflexion et action en revenant sur la réunion du 8 mars : la parité et la moindre présence des femmes dans la sphère politique. Comment la commission « femmes » du PS peut-elle favoriser la visibilité des femmes en politique ? car même après la loi sur la parité, les têtes de liste restent le plus souvent masculines : chaque liste voyant ses premiers candidats élus, dès qu’il y en a un nombre impair, se recreuse la dis-parité.
Parité, parachutage et démocratie interne
Après n’avoir eu qu’une tête de liste féminine régionale, le PS remet ça aux européennes et les militantes présentes en sont quelque peu fâchées. Certes, comme le fait remarquer Claude, au delà de nos légitimes colères, une liste est constituée pour être la meilleure aux yeux des électeurs, et cela doit nous apparaître plus fort que des questions de principe sur la parité ou le parachutage. Mais, pour Salah, voir la parité dans l’obligation de s’effacer devant un parachutage est un vrai problème : nos femmes ne sont-elles donc pas capables ? Nous avons eu des femmes au gouvernement, et qui on sacrément tenu la route, rappelle Danièle ! Nicole relate que la parité est réelle chez les Verts depuis longtemps, même si ce n’est pas facile : les propos sexistes ont la particularité d’être trans-partis. Quand donc les femmes se dépouilleront-elles de leur sentiment d’incompétence ? Claire regrette surtout que la parité soit instrumentalisée pour avancer en les camouflant d’autres enjeux. Quand on s’est investie pour la parité, cela fait rager. Quant à Simone, en l’occurrence c’est l’absence de démocratie dans le parti qui la choque.
Mais dans le fond, pourquoi voulons-nous la parité ?
C’est Claude, un brin doucement provocateur, qui nous interroge : la parité pour respecter la loi ou pour faire avancer les choses avec un regard différent ? Virginie l’exprime : les femmes ont effectivement un regard différent. D’ailleurs, Bernadette le fait remarquer : dans la vie municipale, elles écopent des postes à profil « femme », où leur engagement est une « maison bis ». Salah voudrait qu’on cesse d’attribuer aux femmes les secteurs considérés comme secondaires. Dans un pays du Nord, par exemple, une femme est en charge du budget … et ce pays a moins de chômeurs ! Et puis, selon Danièle, vouloir la parité c’est aussi d’abord vouloir être reconnue, dans son humanité pleine.
Aurélie s’insurge sur la prétendue mise en avant des femmes compétentes, qu’elle réfute : en acceptant cet argument, on se fait complice de l’incompétence prétendue des femmes. La parité pour quoi faire si c’est pour faire pareil que les hommes ? Les femmes politiques, elles aussi, peuvent être « tueuses » ! Claude, appuyé par Raymonde, pense qu’il faudrait inventer d’autres modèles de management : si les femmes en situation de pouvoir se comportent comme des « tueuses », c’est qu’elles n’ont pas eu d’autre modèle. Pour Claire, là réside justement le sens de la parité : une entrée massive de femmes dans la sphère politique, n’ayant pas été individuellement cooptées, donc soumises à leurs pratiques, par les hommes influents. Même en évitant d’être paranoïaque, on peut soupçonner que les hommes socialistes préfèrent placer des femmes de la « société civile », moins formées au jeu politique et plus dociles, que leurs camarades de parti. Aurélie ajoute que si les femmes peuvent changer quelque chose en politique, c’est le cumul des mandats, et plus encore, la professionnalisation de la politique : la politique ne pourrait que profiter d’un renouvellement, d’un turn-over, car le néophyte est sans routine et cela donnerait un peu d’air.
Pourquoi ne nous présentons-nous pas aux élections ?
Toujours ce sentiment d’incompétence, regrette Aurélie, tandis que Nicole insiste sur l’obligation faite aux femmes de se partager entre tant de tâches : un homme qui s’engage en politique ne voit plus le reste, lui. Claire voit aussi les choses comme cela : la question, plus que de la compétence est celle de la disponibilité ; l’engagement est pour la femme une 3ème journée. Les femmes du baby-boom ont eu telle volonté à conquérir le monde du travail (ou plus exactement, comme le fait remarquer Aurélie, le salariat) qu’elles l’on fait en rassurant époux et famille sur le fait qu’elles continueraient à assurer leur bien-être. Comment dès lors ajouter l’engagement à des vies déjà cumulées ? Quant aux jeunes générations, l’obstacle à l’engagement politique féminin réside peut-être pour elles dans la construction identitaire de chacun des sexes : la femme, en s’engageant en politique entre en concurrence avec son compagnon, peut lui voler sa capacité potentielle de pouvoir. Cela dit, une unique candidature féminine aux cantonales, elle le considère comme un échec pour elle dans sa casquette de secrétaire fédérale « femmes », même si par ailleurs, la commission « femmes » a à son actif quelques adhésions de sympathisantes fidélisées au parti. Et puis, Nicole le dit : on attend beaucoup plus d’une femme dans un poste à responsabilité. Elle sera beaucoup plus saquée si elle n’est pas à la hauteur. Virginie le confirme : on ajoutera au procès de son action politique les conséquences de celle-ci sur sa famille.
Compétence, disponibilité ou misogynie ?
Danièle, elle, voudrait qu’on aide les femmes de la base, qu’elle appelle « les femmes oubliées », à avancer. Elle insiste sur le rôle du conjoint pour lancer sa compagne. Bernadette suppose que l’absence des femmes candidates en Haute-Savoie tient à la spécificité misogyne du département, même s’il n’est pas sûr que ce soit plus brillant ailleurs. Elle estime que la femme est en général moins politisée , manquant même d’éducation politique. La preuve que la France est particulièrement misogyne est apportée par l’aspect tardif du droit de vote des femmes dans notre pays. Aurélie pense à contrario que la politisation relève plus du milieu social que du genre. C’est au niveau de l’engagement que ce dernier intervient. Nicole évoque aussi l’agressivité du monde politique, dans lequel on n’a pas forcément envie de voguer, même si on sait le faire. Claude s’interroge : pourquoi la France a-t-elle un tel retard par rapport à d’autres pays ? Aurélie répond en historienne : parce que les françaises, contrairement à d’autre européennes, ont choisi d’investir prioritairement le monde du travail. Bernadette avance que le temps partiel permet de gérer les temps. Oui, mais avec quelles conséquences pour la retraite fait remarquer Claire ! 1 Par ailleurs le temps partiel a pour conséquences de freiner l’évolution des mentalités face au partage des tâches au sein du couple : si la femme travaille à l’extérieur selon un temps partiel, conjoint et enfants sont confirmés dans leur certitude que c’est à elle qu’incombent les tâches familiales.
Entre l’associatif et le politique, quel lien ?
Danièle, approuvée par Simone et Raymonde, affirme que les femmes entrent en politique par l’associatif : elles y apprennent à prendre la parole. Nicole et Aurélie objectent que si les femmes sont bien présentes dans l’associatif, elles n’opèrent pour autant pas le glissement vers le politique. Il faut par ailleurs ne pas surestimer leur place dans l’associatif : plus souvent petites mains que mises en avant. Par ailleurs, la vie associative est bien évidemment politique.
A propos de la revue de presse
Bernadette signale, dans la revue de presse du mois, un article sur la violence conjugale en Espagne2 où on apprend qu’en France, jusqu’en 1974, un homme pouvait frapper son épouse sans crainte d’en être puni !
Un peu d’histoire, parfois, permet de mesurer le chemin parcouru et de calmer, bien momentanément, nos impatiences !
Compte-rendu réalisé par Claire DONZEL