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Peut-on être femme sans être mère ? Interroger la paternité et la maternité entre biologique et culturel mai 2004
Compte-rendu de la commission fédérale « droits des femmes » du 25 Mai 2004 (Saint Julien en Genevois) :
« Peut-on être femme sans être mère ? Interroger la paternité et la maternité entre biologique et culturel »



La commission fédérale sur le choix de la maternité

La problématique : ne pas vouloir d’enfant, est-ce bien normé, est-ce possible ?1
L’une de nous pose cette question, et la rapporte au regard que les autres portent sur les femmes qui font ce choix. Quand on s’inscrit délibérément dans cette option, comment assumer le poids de la pression sociale, dite ou non-dite ? Comment assumer l’accusation collective d’égoïsme ? Et si avoir des enfants consistait à se conformer à un moule ? la question se trouve alors inversée. La société valorise la place des places dans leur rôle de mère et ne pas obéir à cette injonction, est-ce égoïsme (se préserver des contraintes) ou courage (oser affronter la désapprobation sociale) ?

Ne pas vouloir et ne pas pouvoir : plus de points communs qu’on ne pense !
Quand on se refuse à procréer ou quand le couple n’est pas dans la possibilité de le faire, finalement, c’est la même pression sociale qui s’exerce : entre la commisération et le jugement, l’espace est restreint, il y a toujours à se justifier. Pour autant, la question appartient au couple : ce qui est le choix ou la détermination physiologique de l’un-e est pris en compte aussi par l’autre. La norme sociale schématise les phases d’une vie «normale », cases successives nécessaires et obligatoires. En déroger amène à subir un regard potentiellement réprobateur et à faire éventuellement le tri entre les amis pour ne garder que ceux qui ne portent pas de jugement. Il y a obligation à suivre les codes sociaux dans un ordre prédéfini, et de plus, avoir  préférentiellement les enfants du « bon » sexe (et c’est un homme qui parle ! ).
Cela dit, quand ces choses sont réglées, peut demeurer une certaine culpabilité d’avoir « imposé » son choix à l’autre. Ce qui sauve alors, c’est la certitude d’avoir été honnête : avoir annoncé la couleur et s’y être tenu-e.
Et l’homme dans son rôle paternel ?
L’absence de paternité est-elle plus douloureuse pour un homme ? La question, quand elle provient de l’homme ou de la femme, n’a pas la même portée : l’homme qui n’est pas père est l’objet de soupçon quant à sa virilité, et ce plus particulièrement de la part de ses congénères, alors que les femmes semblent plus solidaires entre elles : la femme supposée stérile acquiert un statut de supposée victime. En somme, l’un est accusé de d’impuissance, l’autre est victime de stérilité !
Par ailleurs, la société se doit de protéger les enfants de l’agression pédophile et incestueuse potentielle masculine. Est-ce à bon escient ? Les pères paient de fait une suspicion permanente pour une minorité d’hommes aux références incertaines.


Et si on questionnait le désir d’enfant ?
Le désir d’enfant peut recouvrir celui de se perpétuer. Cette interprétation peut ne se révéler que tardivement dans une histoire de vie, lors de la perte de ses propres parents. L’irréversibilité des choses prend alors une tournure quelque peu douloureuse : on n’a pas continué la lignée !
Et puis, il y a l’horloge biologique ! Elle est différente selon les sexes : si le temps fertile de la femme est limité, celui de l’homme est plus étendu et lui permet mieux de mûrir son désir, ou non, de se perpétuer.


L’instinct maternel, mythe ou réalité ?
Traiter la question de la paternité renvoie à l’existence, dont il est permis de douter, de l’instinct maternel. Le désir d’enfant est-il vraiment une exclusivité féminine ? quid alors du débat actuel sur le mariage et l’adoption homosexuels ? Devant l’impossibilité de le faire rentrer dans la case « pères », l’homme sans enfant est potentiellement catalogué  dans la case « homosexuels », avec tout ce que cela comporte d’incompréhension voire de réprobation. C’est d’autant plus douloureux alors pour lui que l’homme est socialement moins autorisé à évoquer ce type de question.
L’instinct maternel, s’il était si fort et réel que cela, devrait rendre impossibles tant « l’abandon » que l’adoption. Et pourtant, il existe bel et bien dans le règne animal. Chez, l’humain est-il donc devenu un métier comme un autre ? Métier, vous avez dit métier … Il faut oser le dire : on n’est pas obligé-e d’aimer les enfants, et plus spécifiquement tous les enfants. On peut s’élever contre un diktat en forme de consensus lénifiant concernant l’importance de l’enfant.
D’ailleurs, existent des femmes plus femmes que mères : cette réalité doit être prise en compte, tant pour l’image que peuvent en avoir leurs enfants que pour les disculper elles-mêmes d’une obligation à laquelle les hommes-pères ne sont pas soumis. Les hommes semblent bénéficier d’un regard plus tolérants, de la part du monde professionnel notamment, quand ils mènent une vie exclusive d’homme ou quand leur rôle paternel est en sourdine.
Enfin, il faut être attentifs aux discours pseudo-scientifiques actuels, empreints de « psychologie », dont l’objet, n’en doutons pas, est de remettre les femmes à leur place traditionnelle, auprès de l’enfant, au service de la famille. Le battage médiatique autour du livre de Naouri et la place offerte sur les ondes à « Madame Famille » de l’UMP, Edwige Antier, n’est pas anodin.


Compte-rendu réalisé par Chantal GAZEAU et Claire DONZEL

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