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Le mariage : liberté ou oppression ? choix ou obligation septembre 2004
ompte-rendu de la commission fédérale
« droits des femmes » du 14 septembre 2004 (Chamonix) :
« Le mariage : liberté ou oppression ? choix ou obligation ? »


A l’occasion du tour de table traditionnel, Nicole VASSEUR, qui représente le PS au Comité du Droit d’Asile attire notre attention sur l’extrême détresse de ces populations venues de pays de « non-droit »et l’augmentation actuelle des cas . Les demandeurs d’asile se trouvent en concurrence et rivalité avec les SDF pour pouvoir bénéficier d’un hébergement. Elle rappelle que cet hébergement est un droit que doit leur assurer l’Etat dès lors qu’ils ont déposé une demande auprès de l’OFPRA. Elle s’étonne de la passivité de notre parti et demande que soit adressé un courrier au responsable national en charge de ce dossier.


I L’actualité politique : commentaire de la revue de presse par la secrétaire fédérale

 Dans la rubrique des interventions religieuses, on doit mentionner l’attaque en règle du pape envers les féministes. On apprend aussi que la Cour Européenne des Droits de l’Homme, saisie par une affaire en Turquie, se prononce hostile au port du foulard islamique.

 Dans la rubrique « santé, IVG, contraception », on apprend qu’après la mobilisation du début de l’été concernant le retard pris pour la parution des décrets d’application de la loi de 2002 sur l’IVG, le ministère de la santé a précipité cette parution … en « omettant » de déterminer le tarif des produits nécessaires à l’IVG (dite improprement à domicile) réalisable en cabinet médical de ville). En l’absence de tarification, « cela ne va pas être possible » ! En revanche, l’UMP n’oublie pas d’envisager de remettre en cause le droit à l’IVG : un député a déposé une proposition de loi visant à interdire aux femmes enceintes de fumer et de boire (voir « Nous femmes et socialistes » N°45 dans « Présence socialiste » de Septembre). Heureusement l’Europe veille et la Cour Européenne des droits de l’Homme confirme l’absence de statut du fœtus en considérant que n’existe pas de consensus scientifique sur la définition du début de la vie.

 Dans la rubrique « sexisme, violence, prostitution », le gouvernement a ajourné la loi sur les propos et actes homophobes et nous devons rester mobilisées pour obtenir que le sexisme relève de cette loi au même titre que l’homophobie (voir « Nous, femmes et socialistes » N°42 dans « présence socialiste » de juin).

 En ce qui concerne le Parlement européen, un mauvais procès a été fait à la délégation française par le journal Libération au cours de l’été, autour de l’attribution des vice-présidences de commission, laissant la commission « droits des femmes » à une slovène aux positions plus que douteuses sur l’homosexualité et l’IVG. Catherine GENISSON, secrétaire nationale aux droits des femmes a permis, lors de l’Université d’été de La Rochelle, à pervenche BERES, mise injustement en cause, de venir s’expliquer, malgré la tentative d’Yvette ROUDY de relayer cette mise en cause.
Par ailleurs, en ce qui concerne l’Europe, il faut saluer l’initiative d’une association danoise qui a armé un bateau où les femmes des pays européens où elle est interdite peuvent venir, dans les eaux territoriales internationales les plus proches, venir subir une IVG. L’interdiction qu’a dû formuler  le gouvernement portugais a obligé ce dernier à sortir de l’ombre.

 Dans la rubrique « Pays en voie de développement », on est alerté par Amnesy International sur les ravages du viol à grande échelle au Burundi. Par ailleurs, on apprend que l’Académie de médecine propose que soit remboursée l’opération de reconstruction pour les femmes victimes d’excision, en lieu et place du statut de chirurgie esthétique actuelle.


II le thème du jour

Claire D. présente le contexte du thème, à partir de la lecture du livre de Françoise HERITIER, anthropologue au Collège de France,1 qui présente l’institution du mariage comme universellement organisée dans le temps et l’espace pour proposer aux hommes « un service domestique et sexuel gratuit et obligatoire ». Les féministes historiques pensent se retrouver dans cette formule, soit-elle provocatrice, et par là même s’étonnent de la revendication homosexuelle du droit au mariage. Cette définition anthropologique est par ailleurs confirmée par quelques infos issues de la revue de presse.
Voilà donc posé notre thème de travail. Le débat peut s’engager.


Le statut du célibat / Le mariage confère-t-il la reconnaissance sociale ?
Dans l’imaginaire masculin, de fait, une femme seule, qu’elle soit célibataire ou divorcée appartient à tous les hommes : en l’absence d’une protection masculine apportée par le mariage, point de chance de survie pour la femme, que ce soit économiquement ou sexuellement (elle est violable ou prostituable). D’ailleurs, la tradition voulait qu’un homme rendant une femme « fille-mère » « répare » » en l’épousant. Cela met en évidence le statut dévalorisé du célibat. Si le célibat est pire, le mariage n’est pas libre donc oppression.

La femme divorcée arabe est « redjallah », c’est-à-dire « celle qui n’est rien, en perdition » et non seulement n’a plus d’existence mais est objet de répulsion, sans protection des autres hommes et rejetée par les autres femmes. C’est une violence extrême qu’elle subit.

Si le mariage a pour fonction d’accorder un statut social au femmes, cela signifie que la femme célibataire n’existe pas. Dès lors, s’il est simplement source de facilité, le mariage est bien oppression en ce qu’il est un choix par défaut. Il faut reconnaître que bien souvent on se marie pour bénéficier d’avantages matériels fiscaux.

Les garçons sont élevés dans l’idée d’acquérir un métier qui devra assurer la substance de la famille. Pour l’es filles, l’idée est que le mariage leur assurera cette subsistance. Le sous-entendu est bien qu’une fille, on arrivera toujours à la marier ! Reste dans le non-dit que l’acquisition professionnelle des filles est secondaire, à preuve leur orientation scolaire qui pour être plus tardive se fait dans un éventail plus restreint des métiers. Quoiqu’on en dise, professeurs et parents participent de ce déterminisme inconscient. Et pourtant chacune de nous, dans son exercice éducatif parental et/ou professionnel est persuadée qu’elle s’inscrit en faux contre cette pratique. Professionnalisme et convictions peuvent-ils résister au poids des normes sociales ancestrales dans la mesure où ce sont des représentations inconscientes et tenaces, que nous véhiculons nous aussi, toutes sensibilisées que nous sommes ? D’où la nécessité de vigilance permanente.

Les représentations et ressentis individuels, photographies instantanées, sont à confronter avec les études sociologiques qui donnent une vue d’ensemble des choses plus élaborée que notre environnement propre, qui est, lui, forcément daté, localisé et classé (au sens représentant une classe sociale). C’est d’ailleurs notre devoir de commission politique que dépasser cette vue immédiate et s’appuyer sur les connaissances scientifiques garanties par toutes les précautions voulues. Là se trouve la possibilité de construire un projet politique.


Le mariage entre norme et dépendance
La dépendance des membres du couple et plus particulièrement de la femme est inscrite dans le code civil. Le mariage est, de fait une mise en tutelle politique et idéologique des femmes, révélée par les avantages familiaux, fiscaux, de retraite qui s’y rattachent. Il faut cependant entendre dans la demande des homosexuels ce qu’elle dit de la conjugalité dissociée de la sexualité.
Dans le monde arabe, la vie concubine est criminalisée, et sanctionnée par les « fameux » crimes d’honneur.


L’identité individuelle à travers la fusion
Prendre le nom d’un autre, et surtout accepter de le faire, paraît pour certaines le comble de l’oppression symbolique du mariage. Comment est-ce même imaginable ? Il n’y a aucune obligation à changer de nom : comment se fait-il que des féministes s’y résolvent ?

Dans le Maghreb, c’est la colonisation qui a imposé l’usage du nom marital : traditionnellement, la femme est « fille de » ou « mère de » (est-ce pour autant existence autonome ?)

Plus que dépendance à un homme, le mariage est dépendance à une norme : adhésion à un rêve d’unité. Les filles sont éduquées encore actuellement dans l’attente d’un état fusionnel. Si le mariage est une construction à deux, il importe que chacun respecte l’identité et l’autonomie de l’autre. D’ailleurs, un même tandem évolue dans le temps ; le regard porté sur lui par la société participe à cette évolution : l’état de « marié » attribue des comportements attendus bien que non-dits, différents de ceux du même couple concubin. Il faut aussi compter avec le poids des belle-familles ! Quant à l’équilibre des âges, pour norme apparente qu’elle soit, elle ne garantit pas la réussite du couple comparée à une différence d’âge forte de suspicion.


En guise de conclusion
Avec toute la réflexion que nous menons, on ne peut pourtant que constater le retour en force du mariage : poids lourd de l’ordre moral ou légèreté de la fête ?







Compte-rendu rédigé par Chantal GAZEAU et Claire DONZEL




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