« NI PUTES , NI SOUMISES » novembre 2004
COMPTE RENDU DE LA REUNION DU JEUDI 4 NOVEMBRE
INVITEE : MALIKA,
PRESIDENTE DU COMITE DE FERNAY-VOLTAIRE
ET DU PAYS DE GEX
« NI PUTES , NI SOUMISES »
Environ 80 personnes participent à la soirée. Cette réunion se tient conjointement l’initiative de la commission des femmes du Parti Socialiste et dans le cadre des activités de « soigne ta gauche » présidée par Claire Donzel et de Thierry Billet (les verts d’Annecy). Comme l’a rappelé Claire en attendant Malika, ce groupe de réflexion est issu d’une coopération entre les 2 partis suite à une candidature commune aux dernières législatives et s’inscrit dans le cadre des « cafés citoyens » organisés par ce groupe.
Claire en profite pour rappeler la date de la prochaine réunion, à savoir le mercredi 15 décembre 2004, et Thierry en parfaite complémentarité présente le thème lié à l’environnement : le réchauffement climatique , débat mené par un glaciologue
Le sujet dont nous débattrons ce soir avec Malika concerne les violences vécues par les filles de la cité. Malika arrive à 19h40min et nous conte une journée très chargée dans l’agglomération : débats au lycée professionnel des Carillons sur les rapports entre jeunes filles et garçons, le poids des traditions… Elle se présente comme présidente de l’antenne de « ni putes, ni soumises » de Ferney Voltaire et du pays de Gex crée en janvier 2004 en précisant que ce mouvement est très jeune et répond à un réel problème de société touchant la place des filles dans une société musulmane , dans les cités et dans la vie française en général
Historique et causes de ce mouvement
En 2003, cinq personnes ( 3 filles et 2 garçons ) ont entamé une marche dite républicaine pour dénoncer les violences faites aux filles dans les banlieues. Elles ont eu le courage de dénoncer cette loi du silence omniprésente dans les cités.
.La tragédie de Vitry sur seine, où une jeune fille, Sohane, a été brûlée vive, a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase .A la suite de l’écoute des témoignages et des nombreuses discussions engagées avec les jeunes de la cité, ce mouvement a émergé et il a été décidé de profiter de la journée nationale de la femme pour organiser une manifestation : 35.000 personnes se sont ainsi trouvées derrière une banderole le 8 mars 2003
Ce mouvement qui réunit des filles et des garçons veut établir l’égalité entre les hommes et les femmes et ce, autour de la laïcité.
Malika souligne que la loi sur la laïcité, détournée en « loi du voile », doit permettre à tout citoyen de vivre sa religion ou ne pas la vivre, au sein du domaine privé. Cette séparation de la religion et de l’état doit être maintenue.
Des confrontations musclées et directes ont eu lieu, les intégristes voulant imposer leurs idées. Ce mouvement féministe est différent des féministes des années 1960 car il n’est pas question d’exclure les hommes, au contraire…Il prône « le vivre ensemble » et s’engage dans la défense de trois idées essentielles : Laïcite, mixité, égalité
Il existe au sein du mouvement une grande hétérogénéité de sexe ( 30% d’hommes), d’âges, d’opinions. Ce mouvement est né pour dénoncer, dire, écouter. Nous sommes tous des citoyens français et tous concernés par ces violences faites aux femmes. Le jeu en vaut la chandelle quand on voit la détresse de ces jeunes filles ou femmes dans des situations extrêmes et urgentes, écrasées par le poids des traditions, soumises aux violences conjugales, malmenées par les « frères »… A ce propos, une enquête scientifique en France en 1999, a signalé qu’une femme sur 10 subissait des violences et ce dans tous les milieux
Après ces constats nous avons un combat à mener pour changer les mentalités, prendre ces femmes en charge…Nous sommes tous concernés
Actions menées et à mener
Malika parle de son intervention au lycée des Carillons aujourd’hui et de ses échanges avec les lycéens : pour beaucoup de jeunes filles et garçons, les paroles et les comportements violents sont intégrés, presque normalisés. Les insultes sexistes et les violences conjugales sont devenues banales. On a profité des droits des femmes et on les laisse se défaire…
La première revendication de NPNS est qu’il faut pénaliser ces violences faites aux femmes car la situation est très préoccupante. Les hébergements d’urgence sont débordés, or la première condition pour se sortir de ce « terrorisme interne » c’est de trouver un toit.
La deuxième revendication du mouvement est donc la création de centres d’hébergement pour ces femmes en danger.
La troisième revendication touche les lycéens : permettre la création de comités dans lesquels ces jeunes pourraient échanger, connaître leurs droits afin de ne pas tomber dans la spirale de la violence.
Au niveau local, le comité intervient à la demande des associations, des écoles en participant à des échanges.
Au niveau national, les 24 et 25 novembre, le mouvement participe aux journées internationales contre la violence qui se tiennent à paris. Une projection du film espagnol « Ne dis rien » sera suivie d’un débat le 24 novembre. Il y aura un espace d’informations , d’écoute pour les femmes en souffrance pendant ce colloque
Après cet exposé de Malika, Claire prend la parole et remercie de leur présence les deux représentants politiques, M. Jean Boutry, maire de Cran Gevrier et M. Jean Excoffier, Premier secrétaire fédéral du parti socialiste .
Débat
Claire rappelle qu’il y a quelque temps encore se reconnaître « féministe » n’avait pas bonne presse et se félicite de ce changement qui va dans le bon sens : elle insiste sur deux mots essentiels dits par Malika, laïcité et solidarité
Bernadette demande de préciser les conditions dans lesquelles on a chiffré qu’une femme sur dix subissait des violences. Malika rappelle que ce chiffre provient d’une enquête faite en France en 1998 (ANVEFF) sur des données très précises avec questionnement de femmes de milieux différents et des témoignages. Cette enquête mandatée par le CNIL peut être diffusée aux personnes intéressées
Une jeune femme intervient en demandant ce qui est concrètement fait pour aider ces femmes. Malika répond en disant que le mouvement avec de très nombreuses associations agit pour que des mesures soient prises au niveau de la LOI Appliquée et applicable. . Une revendication est ainsi adressée aux politiques : « Une femme qui subit des violences doit être protégée »
Une jeune femme raconte qu’une femme subit de la part de son ami depuis 5 ans des violences , puis demande ce que le mouvement compte faire pour ce cas précis. Malika répond en disant que l’agresseur doit être condamné et que c’est tous ensemble que nous devons lutter. Il faut déjà en faire part à l’opinion publique, pousser le gouvernement à faire et appliquer les lois. A ce propos une loi dès le premier janvier 2005 devra être en pratique : l’agresseur reconnu devra quitter le domicile conjugal et non l’inverse
Une jeune femme intervient en disant que cette mesure ne conviendra pas forcément à toutes les femmes et soulève un nouveau problème, la protection des femmes agressées… Malika insiste sur, d’une part la nécessité de porter plainte au commissariat ou près du greffe du tribunal pour la reconnaissance du statut de victime et d’autre part le fait que seule la victime peut porter plainte. L’entourage a un rôle de soutien mais ne peut en aucun cas se substituer à la victime.
Norbert demande à propos de l’intervention dans les lycées si l’on sent une évolution dans les comportements et si l’on peut en espérer un changement. Malika répond que les garçons ont beaucoup de mal à prendre la parole concernant ces problèmes, qu’il faut néanmoins se poser les bonnes questions et espérer une réflexion.
Claire intervient en rappelant que la MNEF(mutuelle des étudiants) a lancé une campagne contre les violences entre les jeunes filles et jeunes garçons et que pour l’instant c’est encore trop juste, qu’il faudra du temps et de l’énergie pour infléchir la tendance
Une jeune femme demande si le mouvement va faire quelque chose même pour les jeunes filles qui vivent encore chez leurs parents. Malika répond que cette situation est plus compliquée mais que néanmoins elle doit être dénoncée par un dépôt de plainte, la victime étant soutenue par des associations, des juristes..
Salah raconte l’expérience qu’il a vécue concernant une de ses locataires battue par son mari qu’il a menée à l’hôpital. Une semaine après, il a été convoqué 5h au commissariat où il lui a été dit qu’il aurait du avertir les services sociaux de la préfecture.
En bilan, il a été interdit de location pendant un an…On peut s’interroger sur l’opportunité d’aider des voisins !!! Malika répond que l’on peut avertir l’assistante sociale et qu’elle peut dans le cadre de ses prérogatives, dénoncer ces violences
Fernand, directeur d’un foyer d’accueil féminin à Annecy, indique que les femmes peuvent sortir du cycle de la violence malgré les difficultés et que statistiquement, au bout de la septième tentative, la femme quitte le domicile conjugal. A cet égard il est signalé que la section d’Annecy de la LDH , la commission nationale des droits des femmes ainsi que de nombreuses associations ont réalisé une plaquette avec toutes les informations utiles concernant les mariages forcés. Une journée de débats et conférences sur le même thème se tiendra à Meythet dans la salle météore le vendredi 10 décembre
Une personne rappelle que les violences faites aux femmes ne se font pas seulement au sein des couples, qu’il existe des viols collectifs appelés tournantes dans les cités, des pressions faites aux jeunes filles qui n’obéissent pas à la loi commune( porter le voile, ne pas sortir le soir, s’habiller de façon à ne pas se faire remarquer, pas de maquillages..) : Comment analyser cette situation actuelle ? Quelle est la part de l’islamisme dans ces phénomènes ? Malika souligne que dans un contexte économique très difficile, une précarité vivement ressentie dans les quartiers, un sentiment de rejet, on a laissé s’installer la loi de la jungle. Dans ces déserts administratifs, on a vu arriver des « prédicateurs » qui petit à petit ont pris le pouvoir avec au départ l’assentiment des politiques. Alors que dans les années 1980, le dialogue s’instaurait dans la population des cités entre les communautés, que l’on sentait une réelle ouverture, ces prédicateurs ont arrêté tout processus d’intégration en reprenant les choses en main… Les .premières victimes ont été les femmes
Une jeune femme intervient en disant que la société française est responsable de cette sale image des cités et de la religion musulmane, qu’elle ne se reconnaît pas dans le rôle de victime, que sa cité n’est pas violente, qu’elle s’y trouve bien. Une autre personne intervient en disant qu’il faut éviter les amalgames, aller vers les jeunes et dialoguer. Malika en profite pour insister sur la nécessité de la mixité, lutte devant se faire ensemble
Il est très difficile de savoir à présent qui prend la parole, qui répond tant ce débat s’enflamme
Certaines accusent le mouvement de défendre que les gens de leur bord, de se tromper d’ennemi, d’imposer leurs idées. Une jeune femme se présente comme algérienne, soucieuse de la tradition, musulmane et contente de l’être. Malika parle de la manipulation des intégristes. Elle rappelle que ce mouvement est né dans les cités, que l’islam des intégristes est responsable de la situation que subissent certaines femmes. Elle parle de prévention pour éviter les dérapages « des frères », d’aller dans les lycées pour dénoncer ces violences et changer les comportements et mentalités, de ne pas banaliser et normaliser cette violence. Les femmes de l’émigration font partie de cette société française qui n’a pas su les aider à prendre leur place, les a mises trop souvent à l’écart et en cela nous devons réagir. Etre musulmane et française ne devrait pas s’opposer, il ne s’agit pas de critiquer cette double étiquette, mais faire en sorte de respecter la société civile à l’extérieur du domaine privé et de vivre sa religion en interne .Il faut s’interroger sur le poids des traditions qui est trop souvent prétexte aux violences faites aux femmes
Fatiha annonce une loi proposée par Sarkosy qui permettrait dorénavant aux femmes venant d’un pays étranger de ne plus dépendre du bon vouloir de leur mari pour être régularisée sur le territoire français, situation à l’origine de nombreuses violences. Fatiha demande à Malika comment ses parents ont réagi face à ses engagements dans le mouvement. Malika dit que ses parents en sont très heureux, que toute sa famille est sur la même longueur d’onde et a rappelé la lutte entreprise par sa maman, comme tant d’autres arrivées en France dans les années 1960, pour faire leur place dans la société.
Brigitte demande si un milieu social est plus spécifiquement exposé à ces violences. Claire lui répond que les violences conjugales traversent tous les milieux… Malika rappelle qu’il faut sortir de la victimisation.
Janine insiste sur la nécessité du dialogue avec les jeunes, précise que les femmes doivent acquérir leur autonomie économique et professionnelle pour sortir de cette dépendance vis-à-vis des hommes de leur famille, trop souvent prétexte à ces violences
Evelyne répond vivement à ces jeunes femmes qui jettent en permanence la responsabilité totale et unique de ces violences à la société française, et nient toute influence de la religion musulmane sur la situation actuelle. Elle accuse la religion (les religions ! ) de vouloir prendre le pouvoir sur la société civile ce qui conduit à un échange quelque peu houleux.
A point nommé, Jean Excoffier , qui se présente comme catholique, parle de la tentation d’une partie de l’église à entrer dans le champ politique. Toutes les religions ont leurs intégristes et la difficulté est de ne pas faire d’amalgame comme le font si souvent les médias. Jean demande à ces jeunes femmes comment l’islam compte se démarquer par rapport à ces intégristes. Comment comptent-elles s’en démarquer de façon à convaincre cette société que l’islam ne génère pas ces violences ?
Pour conclure : Malika dit que le débat sur ce thème est toujours aussi chaud, que dès que l’on touche un peu à la religion, les gens s’enflamment : il y a encore beaucoup de chemin à faire. Comme ces femmes algériennes qui combattent l’intégrisme en Algérie, nous devons être vigilants et lutter avec elles contre le terrorisme intégriste
Compte-rendu réalisé par Fatiha BEN SAÏD Et Evelyne MARTEAU